Pacte de la communication et collaboration responsable
Le développement du numérique s’accompagne d’une explosion des contenus et des canaux de communication, avec à la clé une « fatigue informationnelle » qui se généralise. Elle est clairement perceptible dans la sphère personnelle, avec les réseaux sociaux et les médias, mais elle se développe également dans le monde professionnel.
Pour une prévention primaire de la surcharge informationnelle, cognitive et collaborative
Dans ce domaine, les actions se concentrent pour le moment sur le « droit à la déconnexion », appelant à un usage plus raisonné et mieux régulé des outils digitaux, qui peine bien souvent à se concrétiser sur le terrain dix ans après sa promulgation. Cette focalisation relègue au second plan un autre phénomène, qui alimente pourtant l’hyperconnexion professionnelle : la surcharge informationnelle, conduisant à amalgamer excès d’échanges et collaboration.
Or, la collaboration ne se limite pas à traiter des flux d’informations : elle nécessite de s’accorder sur des significations sociales partagées pour donner un cadre clair à l’action collective. En noyant les individus sous un flot d’informations continu et un bruit communicationnel permanent, cette infobésité en vient à nuire aux conditions de travail et aux relations professionnelles, qui rétroagissent nécessairement sur la qualité du travail, tout en aggravant notre dette environnementale. Cette situation ne nous permet clairement pas d’être à la hauteur des nombreux défis que notre époque doit relever.
Les cinq principes
Cette charte est un appel à développer un vrai dialogue en entreprise sur nos manières de nous organiser collectivement, de collaborer et de communiquer. Les signataires s’engagent ainsi à alerter sur ces sujets et à œuvrer pour développer une communication professionnelle plus saine, durable et constructive, en se donnant les moyens d’agir :
- Par l’objectivation : mesurer les surcharges informationnelle et cognitive (par le biais d’indicateurs de mesure des usages réels, d’enquêtes, de questionnaires, etc.) pour construire une vision chiffrée, documentée et factuelle du travail réel.
- Par la prévention : identifier ces surcharges comme nouveaux facteurs de risques psycho-sociaux prioritaires et œuvrer à la mise en place de démarches de prévention.
- Par la systémisation : reconnaître les multiples dimensions qui caractérisent ces surcharges (sociale, culturelle, organisationnelle, environnementale, etc.) pour adopter une compréhension systémique du problème, et dépasser la responsabilisation individuelle et le solutionnisme technologique en interrogeant les aspects organisationnels et managériaux.
- Par la régulation : mettre en place une véritable régulation collective à différents niveaux, notamment en déployant des espaces dédiés au dialogue professionnel.
- Par l’amélioration continue : acter la nature évolutive des environnements de travail numériques, et passer de démarches ponctuelles à un processus d’amélioration continue de la communication et de la collaboration responsable.
Seule une approche globale, fondée sur la compréhension des situations de travail et qui prend appui sur des données, le dialogue et l’écoute, peut permettre de tirer avantage des outils numériques et de limiter leurs effets indésirables.

Les signataires du Pacte lors des Victoires de l’OICN
Les signataires
- Suzy Canivenc, directrice scientifique de Mailoop, membre du comité scientifique de l’OICN
- Caroline Diard, professeure associée à TBS Education, membre du comité scientifique de l’OICN
- Anca Boboc, chercheure senior à Orange Research, membre du comité scientifique de l’OICN
- Aurélie Laborde, professeure des universités, Université Bordeaux Montaigne (MICA), membre du comité scientifique de l’OICN
- Séverine Halopeau, chercheuse doctorante au LITEM, membre du comité scientifique de l’OICN
- Marie Benedetto-Meyer, enseignante-chercheuse à l’UVSQ, membre du comité scientifique de l’OICN
- Danièle Linhart, sociologue du travail
- William Dab, professeur émérite du Cnam
- Sébastien Demay, avocat à la Cour (PhD), membre associé du CRLD
- Emmanuelle Léon, professeure associée à ESCP Business School, directrice scientifique de la chaire Reinventing Work
- Léo Bancou, maître de conférences en management à l’Institut catholique de Paris
- Marc-Éric Bobillier Chaumon, professeur titulaire de la chaire de psychologie du travail du Cnam (laboratoire CRTD)
- Pierre Quesson, enseignant-chercheur à l’EPF Engineering School et chercheur à la chaire FIT² de Mines Paris-PSL
- Gaël Allain, fondateur de Mental Eco, docteur en psychologie cognitive